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vendredi 23 juin 2017

étape Bodenaya - Campiello

mardi 30 mai : Bodenaya - Campiello
Avec la pluie qui est tombée (par chance, toujours la nuit) ces derniers jours, le chemin par endroits après Bodenaya ressemble à un long étang bordé de boue parfois dangereusement franchissable ; le risque est grand de glisser et d'enfoncer le pied dans plusieurs centimètres de boue, voir d'y tomber comme c'est arrivé à un pèlerin que j'ai rattrapé au moment où il sortait de la mare dans un piteux état. C'est à ces moments-là qu'on se dit que marcher avec une bonne paire de bâtons, ça aide.

Chemin boueux
De la boue sur le chemin entre Bodenaya et Tineo

Entre Bodenaya et Campiello, on monte à 900 mètres et découvre de vastes horizons. On voit toutes sortes d'animaux : papillons, escargots, limaces, oiseaux (beaucoup de bergeronnettes), ânes, chevaux, veaux, vaches, moutons, et même quelques cochons.

A l'approche du point haut de l'étape (900 mètres) : du vent et un ciel tourmenté
A Tineo, petit ville construite à flanc de colline, environ douze kilomètres après Bodenaya, j'ai salué le pèlerin Joël qui marchait d'un bon pas plus vigoureux que le mien. Je ne pensais pas le revoir et pourtant le soir, à Campiello, il était à l'auberge - arrivé presque deux heures avant moi. Ancien militaire, quarante de services, m'a expliqué que, parti de Bretagne, son projet était d'aller jusqu'à Fisterra, via Santiago, puis de poursuivre par le Chemin portugais jusqu'au sanctuaire de Fátima. Je lui ai demandé pourquoi un tel périple ? personne ne t'attend ? Sa réponse, au bord des larmes : mon épouse est morte il y a un an et je suis parti sur le Chemin pour penser à elle, pour prier pour elle. Marcher pour elle.
Au creux d'un vallon, le monastère bénédictin Santa María de la Real de Obona (XIIIe siècle)
Pendant l'étape, Peter a téléphoné pour réserver deux places à l'auberge de Borres située une paire de kilomètres après celle Campiello  ; la clé serait à notre disposition au bar du hameau. Arrivés au bar, la réservation n'avait pas été communiquée au bar et les deux dernières places de l'auberge attribuées à des pèlerins arrivés avant nous. Retour à Campiello où, par chance, il restait encore des places à l'auberge. Pour se faire pardonner, la personne nous a proposé de nous faire prendre en voiture le lendemain matin à Campiello, pour nous mener jusqu'à Borres. Ce qui fut fait !

Dans l'auberge privée de Campiello, la Casa Herminia, il y a deux étages. Au rez-de-chaussée, sont installés dans un dortoir avec lits à étage les « vrais pèlerins » qui portent leur sac à dos vaille que vaille, et à l'étage de l'auberge, dans des chambres de type hôtel logent des « faux pèlerins » qui marchent légers, leurs sacs à dos étant transportés par taxi d'étape en étape. Les premiers et les seconds ne font pas tout à fait le même Chemin.
Jean-Christophe Rufin dans son récit Immortelle randonnée (Folio, 5833) dit quelques mots de la Casa Herminia et de sa patronne au verbe haut, un brin péremptoire, qui voudrait bien que les guides répertorient Campiello comme ville-étape, plutôt que Tineo.

Toutes les photos de l'étape : Bodenaya - Campiello