vendredi 23 juin 2017

étape Lugo - Ponte Ferreira

mardi 6 juin : Lugo - Ponte Ferreira
Après avoir fait hier la tournée des églises, des murailles et des bars à Lugo, retour aux choses sérieuses : la marche sur le Chemin. Avec Peter je quitte la ville en traversant le très beau pont romain sur le río Miño.

Pont romain sur le río Miño
Pont romain sur le río Miño, à la sortie de Lugo
Aujourd'hui, belle étape dans la campagne galicienne, pays celte où domine le granit gris, comme en Bretagne, les landes à fougères et les forêts. Quelques petites plaines avec prés à vaches, et petits champs cultivés (maïs, et surtout pommes de terre). Pendant les 28 kilomètres de l'étape, on traverse des hameaux (habitat dispersés) plutôt que des villages. Et quasiment à chaque kilomètre, une petite chapelle ou une église qui rappelle au marcheur que le Camino est une voie de pèlerinage.

Eglise San Miguel de Bacurín
Eglise San Miguel de Bacurín (XIIe siècle)
Et partout, encore plus nombreux que les chapelles, des hórreos - abris qui servent (servaient) à entreposer les récoltes (maïs, patates, blé,...) ; ceux de Galice, contrairement à ceux des Asturies qui ont un plan carré, sont rectangulaires. Dans les deux régions, les hórreos reposent sur des piliers de pierre surmontés de pierres plates qui empêchent les rongeurs de monter et s'introduire dans ces greniers à nourriture.

Hórreo galicien (grenier à récoltes)
Hórreo galicien (grenier à récoltes), en assez mauvais état
Ce soir à l'albergue Ponte Ferreira, bonne ambiance, beaucoup d'espagnols, une suissesse de Lausanne, un allemand (Peter), quelques polonais, et un français (l'auteur de ces lignes). L'aubergiste - une femme accueillante et sympathique - avait préparé pour les pèlerins un menu pris en commun : salade mixte, paella et dessert (mousse crémeuse au citron maison) le tout accompagné d'un vin blanc de la région - pour dix euros. Bon repas et belle ambiance. Le Chemin ce sont aussi des rencontres autour d'une bonne table !

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étape Ponte Ferreira - Boente

mercredi 7 juin : Ponte Ferreira - Boente
Aujourd'hui, c'est une étape de transition car à Melide au vingtième kilomètre le Camino Primitivo sur lequel je marchais se fond dans le Camino Francés la route de Compostelle la plus fréquentée, qui va de Saint-Jean Pied-de-Port et passe, entre autres, par Pamplona, León et Burgos. Autant sur le Camino Primitivo il m'arrivait de marcher seul pendant des heures ; après la jonction des deux chemins à Melide, le nombre de pèlerins est tel que je crois qu'il ne faut plus songer marcher en solitaire. Ceci dit l'étape a encore été très campagnarde, avec son lot de grands espaces dont on ne se lasse pas, d'hórreos (ces abris à récoltes sur pilotis typiques de la Galice et des Asturies), de petites églises.

En marche le matin !
7h23 : départ de l'albergue de Ponte Ferreira

Paysage avec vue sur Melide à l'horizon
Paysage avec vue sur Melide à l'horizon...à deux heures trente de marche
Je n'ai pas résisté à l'envie d'aller manger dans la renommée Pulpería Ezequiel à Melide, manger un excellent poulpe à la galicienne, naturellement. J'étais installé à la table d'une demi-douzaine de pèlerins cyclistes, petite équipe qui pédalait dans la bonne humeur depuis Nantes : chapeau les gars !

L'accueil à l'albergue (privado) Boente a été indifférent et sans chaleur, sans rapport avec celui d'hier à l'albergue (également privée) de Ponte Ferreira. Hypothèse : sur cette partie du Chemin les pèlerins sont tellement nombreux qu'il n'est pas utile de faire d'effort particulier pour être agréable ; et si par hasard était diffusé un avis mitigé, le remplissage de l'auberge serait néanmoins assuré vu le nombre de pèlerins passant nécessairement par ici.

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étape Boente - Pedrouzo Arca

jeudi 8 juin : Boente - Pedrouzo Arca
À l'approche de Santiago le Chemin change. Déjà hier, depuis Melide, j'avais noté la différence.  Avec mon ami allemand Peter, rencontré à Oviedo, il y a presque deux semaines, nous nous sommes dit que le Chemin prenait l'allure des avenues des grandes villes, tant les pèlerins étaient nombreux et tant le business : un bar tous les demi-kilomètres dans la deuxième moitié de l'étape. Un cafetier nous a dit que, comparé à la même période l'an dernier, il y avait une fréquentation augmentée significativement sur le Chemin. Le chiffre d'affaires augmente :) 
Sur le Camino Primitivo, entre Oviedo et Melide, il était parfois difficile de trouver un bar...

Albergue público municipal de Ribadaiso da Baixa,
Albergue público municipal de Ribadaiso da Baixa, au bord du río Iso
Beaucoup de monde depuis Melide
A la queue leu leu...
Dans les eucalyptus
Moins de monde dans les eucalyptus

Et puis, de plus en plus de groupes ont fait leur apparition : des groupes d'espagnols - nombreux ; mais aussi  un groupe de jeunes états-uniens, un groupe de Portoricains (muy simpáticos), tous avec de minuscules sacs à dos. Renseignements pris, partis de Sarria - à une centaine de kilomètres de Santiago - leurs bagages sont transportés par taxi d'étape en étape ; parfois même une voiture suiveuse avec ravitaillement fait son apparition au bord du Chemin leur apportant eau et nourriture. Au doigt mouillé, j'ai estimé aujourd'hui à environ un tiers environ le nombre de ces « pèlerins spéciaux » marchant en groupe avec l'appui d'un portage des bagages.

Je me sens un plus à l'aise avec la langue espagnole. En Chemin, j'ai réservé deux places (Peter et moi) à l'auberge Cruceiro de Pedrouzo, alors que souvent si Peter qui téléphonait pour s'assurer que nous aurions un gite à l'étape. A l'auberge Cruceiro, nous avons fait la connaissance d'une sympathique jeune femme franco-malaisienne dont le prénom est Yvonne, et Yvette celui de sa mère, mais qui ne parlait qu'en anglais. Venir de Malaisie pour marcher sur le Chemin de Saint-Jacques...

Toutes les photos de l'étape : Boente - Pedrouzo Arca

étape Pedrouzo Arca - Saint Jacques de Compostelle

vendredi 9 juin : Pedrouzo Arca - Saint Jacques de Compostelle (Santiago)

Flecha amarilla
Dites-le avec des fleurs : pèlerin suivre les flèches jaunes !
A l'approche de Saint-Jacques, le nombre de pèlerins semble croître continûment. Quelques kilomètres avant le Monte do Gozo (Mont de la Joie), j'aperçois sur le sac à dos d'un pèlerin qui me précède un écusson de l'association Compostelle 2000, le même que celui de mon propre sac : c'est ainsi que je fais la connaissance de Alain Loyan parti du Puy-en-Velay à la mi-avril...

DEux pèlerins au Monte do Gozo
La cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, à l'horizon
Au Monte do Gozo, en voyant à l'horizon les flèches de la cathédrale de Santiago, distante d'environ cinq kilomètres, la joie de me rapprocher du but m'envahit et, en même temps, je me demande ce que suis venu chercher. Les cinq derniers kilomètres ont été particulièrement longs. Plus je marchais, plus le point d'arrivée semblait se dérober ; la traversée des faubourgs puis de la ville de Santiago n'en finissait pas ; elle en finissait d'autant moins qu'une fois redescendu du Monte de Gozo, la cathédrale disparaît de la vue du pèlerin.

Avec Peter
La joie, malgré tout - avec Peter
Enfin arrivés vers midi dans le centre historique de Santiago, j'ai été pris par un gros stress, angoissé par l'idée de ne pas trouver à nous loger. Peter, garçon optimiste, a tout fait pour me rassurer, en vain. Toutes les logements que j'avais repérés étaient complets ; des auberges pour pèlerins proches de la cathédrale où nous nous rendions n'avaient pas de places disponibles alors que dans l'entrée de ces établissements il y avait des valises (et pas des sacs à dos) de pèlerins, peut-être arrivés en bus. Je commençais à me sentir mal à Santiago, et à me dire qu'il serait mieux pour moi d'en partir dès demain.
Peter a réussi à retrouver une auberge, Roots & Boots, également complète, mais dont le gérant nous a autorisés à nous doucher et à laver et sécher notre linge. Entre temps nous avions fini par trouver l'endroit où passer la nuit : à l'albergue Seminario Menor, un peu à l'écart du centre historique - mais, après tout, l'essentiel était d'avoir un lit pour la nuit.

La cathédrale de Santiago
La cathédrale de Santiago, vue du Parque da Alameda
Après la messe des pèlerins de 19h00 à la cathédrale, je suis allé dîner d'un arroz con camarones, almejas y amejillas (riz aux crevettes, palourdes et moules) dans un restaurant plutôt classe - le Carretas - avec Peter et la « bande à Oscar » (avec Sana l'irlandaise, Pascualina l'italienne,...) groupe de pèlerin(e)s que nous avons côtoyé depuis Lugo. Oscar, un garçon espagnol, est chauffeur routier ; il parcourt l'Europe d'Ouest en Est et du Sud au Nord avec son camion. Dans les villes et villages en France, m'explique-t-il, à partir de 19h00, il est difficile de trouver à manger, quelle que soit la période de l'année ; tous les commerces ferment. Alors qu'en Espagne, à 19h00, la vie commence !

Toutes les photos de l'étape :  Pedrouzo Arca - Saint Jacques de Compostelle (Santiago)