vendredi 23 juin 2017

étape Grandas de Salime - A Fonsagrada

vendredi 2 juin : Grandas de Salime - A Fonsagrada
Couché tard. Levé tôt : Manuela et José-Manuel prennent le bus de retour vers Oviedo à 6h20. Peter et moi nous nous levons en même temps qu'eux pour « un gran abrazo » avant de les quitter. L'arrêt de bus est en face le café Jaime, petit déjeuner. A 6h40 nous voilà en marche, direction A Fonsagrada en terre galicienne : aujourd'hui, finies les Asturies.

Eglise Santa Maria Magdalena à Peñafuente
Eglise Santa Maria Magdalena, à Peñafuente
Le temps gris et humide, mais pas froid, tarde à se lever. Je chemine avec un sympathique groupe de pèlerins espagnols (des valenciens) partis d'Oviedo dont les bagages sont portés d'étapes en étapes. L'occasion de tester mon espagnol encore rudimentaire. Le parcours du Camino Primitivo n'est décidément pas de tout repos : partis de Grandas de Salime à 570 mètres, nous franchissons à 1 030 mètres le col Puerto de Acebo point de passage des Asturies à la Galice. Le bar O Acebo est une halte bienvenue pour se requinquer après trois heures et demie de marche.

Les pèlerins de Valencia, en chemin pour A Fonsagrada
Les pèlerins de Valencia, en chemin pour A Fonsagrada
L'étape se conclut par une terrible montée pour arriver à A Fonsagrada, curieuse petite ville bâtie sur une crête que l'on voyait depuis des kilomètres à l'horizon. A l'auberge pour pèlerins, Peter et moi retrouvons à l'auberge de pèlerins Os Chaos l'équipée de jeunes pèlerins « baptisés » comme nous le soir précédent à la Casa Sánchez de Grandas de Salime. Tous ensemble, nous allons dîner d'un excellent « pulpo gallego » (poulpe à la galicienne) au Restaurante Caldeira, la pulpería la plus renommée de la ville.

Toutes les photos de l'étape : Grandas de Salime - A Fonsagrada

étape A Fonsagrada - Cádavo Baleira

samedi 3 juin : A Fonsagrada - Cádavo Baleira

Pendant quasiment toute la durée de cette onzième étape depuis le départ de Ribadesella, étaient au rendez-vous un désagréable crachin, de paire avec un temps très frais (à peine 10 degrés) et un brouillard rendant à certains endroits la visibilité parfois réduite à moins de 30 mètres. Cette partie de la Galice doit être très belle, mais je n'en ai pas vu grand chose ! La pluie du matin n'arrête pas le pèlerin, comme dit le dicton. Ce qui se confirme, puisque après 28 kilomètres et quelques côtes mémorables depuis A Fonsagrada, j'arrive bien fatigué à Cádavo-Baleira.

Temps brouillardeux
Heureux, et au frais dans le crachin galicien
Le Chemin est un lieu de rencontres avec des personnes venues du monde entier. Ce soir à l'auberge municipale de Cádavo Baleira, outre quelques espagnols, sont arrivés un couple sud-africain, un japonais, deux slovènes, trois tchèques, un allemand, une anglaise, et deux français. Peter l'ami allemand et moi avons sympathisé avec Peio (Pedro, Pierre, Peter,...), un bayonnais au prénom basque, un peu plus jeune que nous, sympathique et manifestement très sportif. Parti d'Oviedo, il arrêtera demain à Lugo, avant de poursuivre le Chemin jusqu'à Santiago à l'automne, ou au printemps prochain.

Cádavo Baleira
Arrivée proche à Cádavo Baleira
Chaude ambiance dans le bar de Cádavo où après avoir pris quelques verres et dîné avec Peio, nous avons regardé le match de la finale de la Ligue des Clubs champions qui opposait la Juventus de Turin au Real Madrid. Etonnant de voir dans ce bar de village particulièrement bruyant ce soir des parents venus regarder le match avec leurs jeunes enfants, voire leurs très jeunes bébés...
Après le troisième but du Real, et un dernier verre, nous avons décidé de rentrer nous coucher à l'auberge. Une encore longue étape était inscrite au programme du lendemain.

Toutes les photos de l'étape :  A Fonsagrada - Cádavo Baleira

étape Cádavo Baleira - Lugo

dimanche 4 juin : Cádavo Baleira - Lugo 
Lorsqu'on traverse l'Espagne, on ne peut s'empêcher de penser à son histoire : ce pays christianisé dès le deuxième siècle a été conquis par les musulmans au début du cinquième siècle ; puis la Reconquista catholique, achevée en 1492, a chassé les musulmans et les juifs du royaume.
On ne peut s'empêcher de penser également que si les religions musulmane et catholique, ont laissé ici des chefs d'œuvre architecturaux, elles ont été à l'origine de cruautés terribles pour installer leur hégémonie sur les peuples et les consciences. La religion comme source de paix ? L'Histoire aurait tendance à démontrer le contraire.

Calvaire sur le bord du Chemin
En Galice, sur le Chemin de Compostelle, direction : Lugo
Quitte à s'égarer, sans jamais cependant rater une flèche jaune, le pèlerin qui marche a le temps de laisser filer ses pensées, de réfléchir à l'état du monde, et de s'interroger sur la main invisible qui régit le grand tout.

Couché tard (23h30), levé tôt (6h00), comme souvent... Départ peu après 7h00, sans grand chose dans le ventre. Pas de bars ouverts pendant des kilomètres....c'est dimanche. Alors, il faut fouiller dans le sac et puiser dans les réserves : amandes, fruits secs, sardines, etc. Le soleil absent depuis deux jours a fini par réapparaître, permettant de profiter des paysages de la belle campagne galicienne pendant cette longue étape de 31 kilomètres qui s'est achevée au pied de la haute et large muraille romaine de Lugo. Cette campagne galicienne me fait penser à la Bretagne intérieure : de petits champs cultivés entourés de clôtures en pierres dressées de hauteurs et de largeurs inégales, des hameaux dans lesquels se serrent de solides maisons de granit aux petites ouvertures, des exploitations agricoles qui semblent de dimensions modestes - une région de l'Espagne profonde où ça ne respire pas la richesse...

En chemin, sur le coup des onze heures, je me suis arrêté à la roulotte-buvette de Jorge, un gars du coin, sympathique, qui connaît un peu la France. Il m'a parlé de Paris, du Massif Central et surtout de la chaîne des Puys dont il m'a dit que la beauté l'impressionnait.

à Lugo
La muraille romaine qui entoure la vieille ville de Lugo
Sans trop de difficultés, j'ai convaincu Peter, malade (toux, rhume, etc.), de faire étape une journée entière à Lugo. En partant de Cádavo ce matin, avec Peio et Peter, rendez-vous avait été pris à 18h00 devant la cathédrale de Lugo, non pas pour aller à la messe du soi (Dieu, s'il existe nous le pardonnera), mais pour aller boire un verre avant que Peio ne prenne son bus pour se rendre à Irún pour son retour à Bayonne. Après avoir accompagné notre ami basque au bus (compagnie Alsa, bien sûr, Peter et moi sommes allés au Café del Centro prendre le « menú del día » (soupe aux épinards, merlu avec patates et salade verte, gâteau au fromage - verdict : ¡ Estaba buenísimo !).

Toutes les photos de l'étape : Cádavo Baleira - Lugo

journée à Lugo

lundi 5 juin : journée à Lugo
Lundi de Pentecôte à Lugo (Galice) : les enfants vont à l'école, les parents au boulot, la ville endormie hier après-midi s'est soudain réveillée. Le pèlerin aussi, mais plus tard que d'habitude. J'ai décidé de passer une journée ici pour visiter et me délasser après les douze premiers jours de marche. D'abord, chercher une laverie automatique pour une grande lessive à mi-parcours, puis aller prendre un petit déjeuner roboratif à base de « chocolate con churros ».
Lugo, à la laverie automatique
A la laverie automatique
A Lugo, café con churros
Café con churros
Lugo, ville de presque 100 000 habitants est connue pour son quartier historique central ceint entièrement (deux kilomètres) par une haute et large muraille datant du deuxième siècle, construite par les Romains. Dans la vieille ville domine la cathédrale Santa María, dont l'édification a commencé au XIIe siècle (église romane à l'origine) suivie par des remaniements aux époques gothique et baroque. La cathédrale est inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis le 5 juillet 2015. Avec Peter nous l'avons visitée en détail et eu le privilège d'entrer dans la sacristie, presque aussi vaste que la nef.
Lugo
La cathédrale Santa María de Lugo
Lugo
La cathédrale Santa María de Lugo
 On trouve également dans le quartier historique d'autres monuments dignes d'intérêt, par exemple : le couvent San Francisco fondé en 1214 par un disciple de Saint François ; la Mairie (ayuntamiento) dont le bâtiment fut édifié en 1736 ; l'église San Froilán (XVIIe-XVIIIe siècles), San Froilán né à Lugo (833-904) est le saint patron de la ville. Et puis bien sûr, cette muraille impressionnante en haut de laquelle, sur le chemin de ronde, Peter et moi avons longuement flâné.

Muraille de Lugo
Le chemin de ronde de la muraille romaine de Lugo
Jour de repos veut dire, ne pas trop marcher, rester assis, de préférence dans des bars. Mon ami Peter a souvent soif d'une (ou deux, ou trois, ou...) bières, souvent grand format. Ayant été marié pendant quelques années à une espagnole, il connaît bien la langue. Fort de sa double culture il a appris à « Papy Dominique » (c'est ainsi qu'il me surnommait) les mots espagnols de la bièrela cerveza ») : « una caña », c'est une demi-pression ; « una jarra », c'est une double caña (50 cl) ; « una clara », c'est un panaché qu'on demande « con gaseosa » (avec limonade) ou « con limón » (au citron).

La petite leçon a eu lieu en fin de matinée au bar Breoghan, Bolaño Rivadeneira, 24 bajo - où nous avons sympathisé avec une charmante serveuse brésilienne. Celle-ci nous a appris que l'après-midi le service était assurée par une serveuse française. Information qui nous a encouragés à revenir plus tard pour faire la connaissance de cette jeune femme. Elle m'a expliqué que sa mère espagnole a quitté son père français et décidé de revenir en Espagne et de s'installer à Lugo, alors qu'elle-même avait quatorze ans (elle en a à peine plus de vingt aujourd'hui). Même si elle retourne une fois par an à Paris, où elle a vécu, dans le neuvième arrondissement, quitter Paris pour Lugo avait été très dur.

Ainsi passent les jours de repos, des rencontres, siempre...

Toutes les photos de la journée : à Lugo