vendredi 23 juin 2017

étape Saint Jacques de Compostelle - Alto da Pena

samedi 10 juin : Saint Jacques de Compostelle - Alto da Pena
J'ai hâte de quitter Santiago et la foule qui s'y agglutine. Quelques jours de plus de marche, pour aller au bout du bout du Chemin, à Fisterra, à la pointe extrême de l'Espagne et de l'Europe, pour retrouver l'Océan quitté le 24 mai à Ribadesella.
Courte nuit à l'albergue Seminario Menor : levé à 5h30, je me mets en route 6h15 sous une lune encore bien lumineuse dans un ciel qui commence à peine à s'éclairer. Personne dans les rues et sur la grand-place de la cathédrale de Santiago, la place de l'Obradoiro.

Hier soir, à la fin de la messe, à la cathédrale, j'ai assisté à la cérémonie du Botafumeiro - gros encensoir lancé à toute volée dans la nef de l'église. La légende veut que les bonnes odeurs de l'encens purifiaient les esprits...mais surtout faisaient disparaître les mauvaises odeurs des pèlerins arrivés à Santiago qui ne s'étaient pas lavés depuis des jours et des jours.
Autant vous le dire : sur le Chemin, j'ai scrupuleusement pris une douche par jour.

Pont médiéval sur le río Tambre, Ponte Maceira
A Ponte Maceira, le pont médiéval sur le río Tambre
Ce matin cap au nord-ouest avec une étape d'une trentaine de kilomètres, comme je les aime. Après une petite heure de marche, dans le rougeoiement du soleil levant j'aperçois en me retournant, au loin, la silhouette de la cathédrale. Ma sortie de la ville a été un peu compliquée : j'ai mis un peu de temps à trouver la bonne route ; certainement encore à moitié endormi, je n'ai pas été assez attentif aux balises et flèches jaunes dont il faut dire que les pèlerins-baliseurs espagnols ne sont pourtant pas avares !

Au bout d'un peu plus de quatre heures de marche, j'ai enfin trouvé un bar ouvert au hameau de Trasmonte pour prendre mon petit déjeuner. Merci au patron de la Casa Pancho pour son sympathique accueil ! Un peu avant cette halte réparatrice, j'ai hélé une pèlerine, Valérie, qui semblait hésiter sur le chemin à prendre et s'engageait dans une mauvaise direction. Valérie, une rochelaise, qui après avoir marché depuis Séville sur le Camino de la Plata, voulait comme moi rallier Fisterra.

Forteresse médiévale Pazo do Cotón à Negreira
Forteresse médiévale Pazo do Cotón  (modifiée au XVIIe siècle) à Negreira
Après le stress d'hier après-midi, je me sens à nouveau bien. Terminés les groupes compacts et sonores de pèlerins-touristes. Place aux individus avec qui pendant quelques minutes on peut parler, échanger.
Ce matin, pendant quelques dizaines de mètres, un merle m'a accompagné : j'avançais et il partait quelques mètres plus avant, s'arrêtait, se tournait vers moi et repartait comme pour me montrer la voie à suivre...  A Ponte Maceira, j'ai traversé le río Tambre sur un vieux pont médiéval. Un peu plus loin, à Negreira, j'ai pique-niqué près de la porte d'entrée fortifiée et la chapelle San Mauro. Et partout des hórreos, toujours les mêmes et tous différents. J'ai marché dans d'immenses forêts d'eucalyptus qui sentent si bon ; émerveillé par l'incessant chant des oiseaux et par des paysages aux horizons lointains.
Si j'osais : après Santiago, le Chemin retrouvé !
Et soudain, un troupeau de chèvres qui quelques instants arrête le pèlerin...

Sur le Chemin de Compostelle
Sur le Chemin de Compostelle
Toutes les photos de l'étape : Saint Jacques de Compostelle - Alto da Pena

étape Alto da Pena - Dumbría

dimanche 11 juin : Alto da Pena - Dumbría
Hier en début d'après-midi, accueil aimable à l'auberge (privée) Alta do Pena. Isolée, loin du centre du hameau, rien à visiter alentour : après la douche et la lessive, se reposer au soleil dans le jardin, siroter une bière, prendre quelques notes dans le petit calepin, et s'assoupir doucement... Ainsi va la vie du pèlerin. A 19h30, l'hôtesse et l'hôte des lieux servent à la quinzaine de pèlerins un repas très roboratif pris en commun : soupe de lentilles, patates et chorizo, pâtes en sauce avec viande hachée et fromage, petit gâteau - le tout accompagné de vin et d'eau, et suivi d'un petit verre de licor de hierbas, préparation à base d'alcool de vin et de mélasse et en extrayant l'arôme de plantes qui poussent dans la région.

Hórreo
Hórreo galicien dans la brume du matin
Nouveau départ matinal (6h15) et, comme hier, marche de plusieurs heures avant de trouver un bar ouvert pour le petit déjeuner. Une longue étape de 35 kilomètres environ, la plupart du temps seul sur le Chemin, personne en vue devant, personne derrière. Dans la brume ou la bruine, une bonne partie de la journée. Le soleil a fait son apparition à l'arrivée à Dumbría.

Borne directionnelle Fisterra et Muxía
Le choix entre Fisterra et Muxía. Direction Muxía !
Peu après le hameau de Hospital, une grosse double borne indique la bifurcation Fisterra/Muxía. Samedi, Peter n'est pas reparti avec moi de Santiago. Resté un jour de plus, il va rallier Fisterra en trois jours. Nous avons convenu de nous y retrouver. Depuis Santiago, il me faudra quatre jours pour rejoindre Fisterra, en faisant étape à Dumbría puis à Muxía.

Un apiculteur qui s'occupe de ses ruches
Un épouvantail ? Non : un apiculteur qui s'occupe de ses ruches
Le soir à l'auberge publique de Dumbría, un beau bâtiment neuf, je retrouve la rochelaise Valérie, et deux luxembourgeois-espagnols Cassiano et Juan, aperçus hier matin au petit déjeuner à la Casa Pancho. Avec ces deux derniers, nous allons dîné dans un des rares bars ouverts de la petite ville ce dimanche soir tandis que Valérie concocte son propre repas à l'auberge. Au premier abord, Valérie m'est apparue trop organisée, un peu obstinée : je marche, je marche, je ne suis pas là pour le tourisme, pas question de faire halte une journée pour visiter des villes fussent-elles remarquables - des villes qui me font rêver (Mérida, Salamanque, Burgos,...) et où j'imagine très bien pouvoir rester à flâner, en oubliant un peu le Chemin. Mais je dois reconnaître que Valérie est courageuse, partie seule le 4 mai depuis Séville - et puis contrairement à moi, elle travaille encore ; le Chemin elle le parcours pendant ses congés.

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étape Dumbría - Muxía

lundi 12 juin : Dumbría - Muxía
L'Océan je l'ai quitté dès mon départ de Ribadesella, et aujourd'hui - vingt jours de marche plus tard - je le retrouve avec un plaisir que vous n'imaginez pas, ici à Muxía [pour les puristes, ça se prononce : mou-chi-a]. Ce n'est pas encore la fin des terres, le bout du bout (Fisterra) mais ça s'en rapproche.

Chemin dans la lande galicienne
Pins, eucalyptus et fougères : le triptyque de la lande galicienne
Le vent qui soufflait pendant cette petite étape de vingt kilomètres n'était rien à côté de la tempête qui déferle sur la côte. Les bretons me comprendront 😜 Mais pas de pluie, et même une tendance à l'éclaircie dans l'après-midi. Une étape semblable à celle d'hier avec une alternance de grands plateaux où règnent la lande (fougères, pins, eucalyptus,...) et de larges vallons où l'on traverse de petits hameaux voués à l'agriculture.

Ici dans ce Finistère espagnol c'est le domaine de la pierre grise, celle des maisons, des églises, des murets qui entourent les parcelles et longent le Chemin de chaque côté. Et des gens qui prennent du temps pour vous adresser un mot gentil, certains voulant savoir d'où vous venez (car ils savent où vous allez !). Et toujours des églises baroques entourées de leur cimetière et des hórreos, siempre. Et des éolicos, ces éoliennes nombreuses, très nombreuses.

Monastère de San Xulián de Moraime
Monastère de San Xulián de Moraime, peu de temps avant d'arriver à Muxía
Parti à 7h00 de Dumbría en compagnie de Cassiano et Juan, je suis arrivé seul (chacun marche à son rythme) vers midi à Muxía ; en attendant que l'auberge municipale ouvre (à 13h00), je suis allé me mettre à l'abri du vent dans un café. Avant cela, j'ai acheté une serviette de toilette, ayant oublié la mienne à l'auberge de Alto da Pena (¿ Vendes toallas ? Olvidé la mía en el albergue.) Cette petite serviette éponge orange à 1,99 € fera l'affaire.
Il faut également organiser le voyage de retour...à Paris. Sur les conseils de Christine, j'ai décidé de rentrer en train de Santiago à Irún. Je réserve un billet sur le site de Renfe, et un autre pour aller de Hendaye à Paris sur celui de la Sncf.
A la Punta de la Barca, Muxía
« A Ferida » (la blessure) et le sanctuaire Nuestra Señora de la Barca, à Muxía
Puis à l'auberge - bâtiment moderne, comme à Dumbría, propre et fonctionnel - douche, lessive, et sieste. Le vent n'avait pas cessé, mais les nuages moins nombreux laissaient paraître le soleil lorsque je suis ressorti pour aller au bout de la ville, c'est-à-dire à la Punta da Barca où se trouve le sanctuaire Nuestra Señora de la Barca et la sculpture « A Ferida » (la blessure) en mémoire au travail des volontaires qui ont nettoyé la côte après le naufrage du pétrolier Prestige en 2002.

Toutes les photos de l'étape : Dumbria - Muxía

étape Muxía - Fisterra

mardi 13 juin : Muxía - Fisterra
Faut être un peu fou pour se lever à 5h30 et, avec une banane et un verre de limonade en guise de petit déjeuner, se mettre à marcher à 6h00. Ici, dans le grand Ouest espagnol, à cette heure là il fait encore quasi nuit.
Départ de Muxía, direction Fisterra
Départ de Muxía, direction Fisterra - le jour se lève à peine - il est 6h21
Marcher un peu plus de trente kilomètres, avec des « monte et descend » incessants, du brouillard, puis du crachin celte (pour ne pas dire breton), mais finalement marcher pour le plaisir de cette dernière étape. Pas de bar ouvert ; obligé de puiser dans les quelques réserves restant dans mon sac à dos : des amandes, des abricots secs, un morceau de pain et une boite de sardines.
De l'énergie suffisante pour arriver à ce bout du bout de l'Espagne, et donc de l'Europe, à Fisterra.
Fisterra, le Castelo de San Carlos
Fisterra, le Castelo de San Carlos - petit musée de la pêche
Marcher pour être heureux, heureux d'avoir rencontré tant de personnes jeunes et moins jeunes, portées par la même envie d'aller plus loin, au bout d'eux-mêmes, heureux d'avoir marché dans des paysages exceptionnels, vu tout au long du parcours des monuments modestes ou majestueux - toujours d'une grande beauté.

La joie est au bout du Chemin.
Cap Finisterre
mardi 13 juin 2017, 21h56, Cap Finisterre
Perdus de vue les compagnons luxembourgeois et Valérie, mais retrouvé Peter, en fin d'après-midi, pour qui j'avais réservé un lit à l'auberge où je suis arrivé vers 13h00. Sieste, puis dans le soleil revenu, petit tour dans la ville et visite du mignon petit musée de la pêche (au Castelo de San Carlos) avec un guide sympathique et passionné, ancien pêcheur. Très bon dîner de fruits de mer (poulpe, chipirons) partagé avec Peter, pris assez tôt pour avoir le temps de nous rendre jusqu'au phare de Fisterra au bout du cap Finisterre, pour voir tomber le soleil dans l'Océan, en trinquant à l'amitié.

Toutes les photos de l'étape : Muxía - Fisterra