vendredi 23 juin 2017

étape Pola de Siero - Oviedo

samedi 27 mai : Pola de Siero - Oviedo

Hier après-midi, j'ai déjeuné à l'heure espagnole (15h30), déjeuné — et en même temps dîné, tant était copieux le repas servi dans le bar-restaurant — La Sidrería El Culetin en face de l'auberge municipale de pèlerins : soupe aux gros vermicelles, salade verte et tomates avec chèvre chaud, trois côtelettes de porc avec frites et « arroz con leche » (riz au lait) pour clore le menu, le tout servi avec un grand verre de bière pour 11 euros. Ça vous remet un pèlerin d'aplomb fatigué par les 28 kilomètres de la journée.

A Oviedo, avec les Amis du Chemin de Santiago, région de Siero, Sariego et Noreña

Quant à l'étape d'aujourd'hui, elle a été particulière, car inattendue. L'Asociación de Amigos del Camino de Santiago de Siero, Noreña y Sariego organisait ce samedi une marche de Pola à Oviedo au départ de l'auberge municipale, la Casona de San Miguel. Son responsable, Manuel, était passé à l'auberge hier soir pour proposer à la douzaine de pèlerins présents de se joindre aux marcheurs de l'Association. L'itinéraire pour se rendre à Oviedo, expliqua-t-il, serait une variante par rapport à la voie traditionnelle figurant dans les guides ; cette voie passait par Noreña où la maire nous accueillerait et nous offrirait une collation.

Cathédrale San Salvador, Oviedo
Plaque commémorative du premier pèlerinage
sur le Camino Primitivo


Parmi les pèlerins qui étaient à l'auberge, seuls un danois, trois brésiliennes et moi-même avons répondu à l'invitation de l'Association des Amis du Chemin de la région de Pola de Siero. C'est ainsi que j'ai cheminé pendant une vingtaine de kilomètres, jusqu'à la magnifique cathédrale d'Oviedo (capitale de la région autonome des Asturies), avec les (très nombreux) marcheurs de l'Association. L'occasion de rencontrer des personnes formidables engagées pour que vive l'esprit du Chemin et désireuses de le faire partager.
Voir un article à ce sujet dans le journal local El Fielato.

Après avoir trouvé l'auberge pour la nuit, dans le centre d'Oviedo, déjeuner spécial fête dans un bar tout à côté : aujourd'hui et demain dimanche Oviedo organise une grande fête folklorique avec groupes de danseurs, musiciens, acrobates et stands des différents « pays » des Asturies. Beaucoup de monde dans le quartier tout autour de la cathédrale San Salvador que je visite pendant les deux heures (de 16h00 à 18h00) où elle est ouverte au public ce dimanche.

A mon retour à l'auberge, je fais la connaissance de Peter qui vient d'arriver et s'installe dans la même chambre. Peter, un allemand qui vit à la campagne dans une petite ville à l'Est de Francfort. Echanges d'emblée chaleureux. Nous sortons boire...une bière.

Avec mon ami Peter, sur place à Oviedo

Toutes les photos de l'étape : Pola de Siero - Oviedo (via Noreña)

étape Oviedo - San Juan de Villapañada

dimanche 28 mai : Oviedo - San Juan de Villapañada
Départ matinal de l'auberge d'Oviedo en compagnie de Peter. Dans les rues, quelques jeunes gens éméchés, rescapés de la fête dans la ville qui dure tout le week-end. Petit déjeuner dans un des rares bars ouverts, mais hélas pas dans le bar à tapas Manolin Campa, Calle Jesús, 20, que nous avons tant apprécié hier soir...
A la sortie d'Oviedo, nous rattrapons le pèlerin suisse dont j'avais fait la connaissance à l'auberge Casona de San Miguel à Pola de Siero. Un garçon zen qui m'a beaucoup impressionné : il marche lentement avec un petit sac (en apparence, la moitié du volume du mien), chaussé de sandales (de type Keen) et en main un grand bâton de bois. Un garçon végétarien qui m'expliquait avoir parfois du mal à trouver à la nourriture telle qu'il la souhaite.

Vers Premoño
Sur le bord du chemin, quelques kilomètres avant Premoño

Chacun à son rythme, nous avons cheminé Peter et moi, nous perdant de vue pendant quelques kilomètres, nous retrouvant plus loin. Je comptais initialement faire étape à Grado ; bien qu'on approchera la trentaine de kilomètres, je me range à son idée de rejoindre l'auberge au petit hameau de San Juan de Villapañada où l'hospitalero, gardien de l'auberge, nous préparera le repas dès lors qu'on lui apporte les aliments.

San Juan de Villapañada
Le repas des pèlerins avec Domingo l'hospitalero (en rouge) à San Juan de Villapañada

Nous faisons donc des courses à Grado, buvons une bière et montons sous le soleil jusqu'à San Juan de Villapañada à trois kilomètres et demi et que nous atteignons vers 16h30. Un peu plus tard, arrive Domingo, l'hospitalero, un gars  accueillant, chaleureux et bienveillant ; il raconte l'histoire de l'auberge aux huit pèlerins qui logeront ici ce soir. C'était l'ancienne école de San Juan, construite en 1940 ; elle avait deux pièces séparées, une classe pour les niños, une autre pour les niñas. Dans les années 80, faute d'enfants, l'école a été transformée en auberge.

San Juan de Villapañada
Étendage du linge, le soir à San Juan

Nous aidons Domingo à préparer le repas à base de pâtes, saucisses, avec sauce tomate, oignons, poivrons et fromage râpé, salade verte et tomates, repas que nous prenons en commun. Outre Domingo, autour de la table il y avait un pèlerin allemand, trois pèlerines françaises, une anglaise, un couple d'espagnol, Peter l'allemand et moi. Avant de nous coucher, vu l'humidité à l'extérieur, nous tendons de grandes ficelles en travers de la salle pour étendre notre linge. Bien nous en a pris car dans la nuit, il est tombé une pluie à réveiller les morts.

Toutes les photos de l'étape : Oviedo - San Juan de Villapañada

étape San Juan de Villapañada - Bodenaya

lundi 29 mai : San Juan de Villapañada - Bodenaya
Après une nuit agitée en raison du bruit de l'orage et de la pluie, départ à 7h30 de San Juan de Villapañada. Temps humide, brouillardeux, mais tiède. Je marche seul, personne devant, personne derrière, à mon rythme, pendant près de huit kilomètres jusqu'à la petite ville de Cornellana où une averse m'amène à trouver refuge dans un bar où je mange une tortilla accompagnée d'un cafe con leche. Peter arrive dans le bar au moment où je m'apprête à repartir. Il est 10h45. Nous nous donnons rendez-vous à Salas, la ville où je pense faire étape ce soir.
Très beau monastère San Salvador, fondé en 1024, à la sortie de Cornellana.

Cornellana
A Cornellana : le monastère San Salvador

Encore onze kilomètres, seul sur un chemin pas trop difficile (globalement plat...), et me voici à Salas. J'attends Peter à la terrasse d'un bar. En arrivant, il me dit qu'il nous faut impérativement manger à la Casa Pachón, où le repas bon et copieux a une renommée sans pareille parmi les pèlerins du Camino Primitivo. Je me retrouve retrouve attablé dans cet estaminet bruyant avec Peter et un pèlerin valencien ; on nous sert un repas roboratif (soupe aux vermicelles, lentilles, salade, côtelettes, riz au lait) accompagné de cidre des Asturies (grande spécialité locale), beaucoup plus âpre que le
cidre brut de Normandie ou de Bretagne.

Casa Pachón
Avec Peter à la Casa Pachón

L'estomac bien rempli, voire un peu lourd, Peter me convainc de pousser jusqu'à l'auberge de Bodenaya, à six kilomètres et demi et quatre cents mètres plus haut. Ça monte d'abord doucement, puis plus fortement, pour enfin arriver sur un vaste plateau venteux plantés d'éoliennes où se trouve le tout petit hameau de Bodenaya. Tout proche du but, un (petit) troupeau de vaches rentrant à l'étable, conduit par un très vieux paysan, empêche les deux pèlerins fatigués par les trente kilomètres de l'étape d'aller rejoindre au plus vite l'auberge, pourtant si proche !!!

Camino Primitivo
A gauche : ça monte à Bodenaya

Quelle auberge ! A l'entrée flotte une odeur...de marijuana. Le pèlerin valencien rencontré à Salas était prêt à en fournir ! Le Chemin emprunte parfois des voies qu'il vaut mieux ignorer ; d'autres diront qu'il est en phase avec son époque.
Je n'ai pas trop aimé l'ambiance de cette auberge où l'hospitalero David est du type baba cool orientaliste (encens, musique planante, etc.), un peu trop prêchi-prêcha à mon goût : tout le monde est gentil, nous sommes une grande famille, etc., etc. Je retiens cependant de son discours une phrase très juste : le pèlerin demande simplement une douche, un lit et un repas. David a préparé le repas du soir, le petit déjeuner, tous deux pris en commun par la vingtaine de pèlerins. Notre linge a été lavé et séché. Avant de quitter l'auberge le matin, pour le paiement, on met ce qu'on veut dans une boite : c'est ce qu'on appelle le « donativo »

Toutes les photos de l'étape : San Juan de Villapañada - Bodenaya

étape Bodenaya - Campiello

mardi 30 mai : Bodenaya - Campiello
Avec la pluie qui est tombée (par chance, toujours la nuit) ces derniers jours, le chemin par endroits après Bodenaya ressemble à un long étang bordé de boue parfois dangereusement franchissable ; le risque est grand de glisser et d'enfoncer le pied dans plusieurs centimètres de boue, voir d'y tomber comme c'est arrivé à un pèlerin que j'ai rattrapé au moment où il sortait de la mare dans un piteux état. C'est à ces moments-là qu'on se dit que marcher avec une bonne paire de bâtons, ça aide.

Chemin boueux
De la boue sur le chemin entre Bodenaya et Tineo

Entre Bodenaya et Campiello, on monte à 900 mètres et découvre de vastes horizons. On voit toutes sortes d'animaux : papillons, escargots, limaces, oiseaux (beaucoup de bergeronnettes), ânes, chevaux, veaux, vaches, moutons, et même quelques cochons.

A l'approche du point haut de l'étape (900 mètres) : du vent et un ciel tourmenté
A Tineo, petit ville construite à flanc de colline, environ douze kilomètres après Bodenaya, j'ai salué le pèlerin Joël qui marchait d'un bon pas plus vigoureux que le mien. Je ne pensais pas le revoir et pourtant le soir, à Campiello, il était à l'auberge - arrivé presque deux heures avant moi. Ancien militaire, quarante de services, m'a expliqué que, parti de Bretagne, son projet était d'aller jusqu'à Fisterra, via Santiago, puis de poursuivre par le Chemin portugais jusqu'au sanctuaire de Fátima. Je lui ai demandé pourquoi un tel périple ? personne ne t'attend ? Sa réponse, au bord des larmes : mon épouse est morte il y a un an et je suis parti sur le Chemin pour penser à elle, pour prier pour elle. Marcher pour elle.
Au creux d'un vallon, le monastère bénédictin Santa María de la Real de Obona (XIIIe siècle)
Pendant l'étape, Peter a téléphoné pour réserver deux places à l'auberge de Borres située une paire de kilomètres après celle Campiello  ; la clé serait à notre disposition au bar du hameau. Arrivés au bar, la réservation n'avait pas été communiquée au bar et les deux dernières places de l'auberge attribuées à des pèlerins arrivés avant nous. Retour à Campiello où, par chance, il restait encore des places à l'auberge. Pour se faire pardonner, la personne nous a proposé de nous faire prendre en voiture le lendemain matin à Campiello, pour nous mener jusqu'à Borres. Ce qui fut fait !

Dans l'auberge privée de Campiello, la Casa Herminia, il y a deux étages. Au rez-de-chaussée, sont installés dans un dortoir avec lits à étage les « vrais pèlerins » qui portent leur sac à dos vaille que vaille, et à l'étage de l'auberge, dans des chambres de type hôtel logent des « faux pèlerins » qui marchent légers, leurs sacs à dos étant transportés par taxi d'étape en étape. Les premiers et les seconds ne font pas tout à fait le même Chemin.
Jean-Christophe Rufin dans son récit Immortelle randonnée (Folio, 5833) dit quelques mots de la Casa Herminia et de sa patronne au verbe haut, un brin péremptoire, qui voudrait bien que les guides répertorient Campiello comme ville-étape, plutôt que Tineo.

Toutes les photos de l'étape : Bodenaya - Campiello