vendredi 23 juin 2017

Compostelle 2017 : carte des étapes sur le Camino del Norte (chemin côtier) et le Camino Primitivo

Après avoir marché sur le Camino del Norte, au printemps 2016, de Hendaye à Ribadesella, j'ai repris le Chemin à Ribadesella sur le Norte puis sur le Camino Primitivo pour atteindre Saint Jacques de Compostelle.
Mes étapes au printemps 2017 ont été les suivantes :


étape Ribadesella - Colunga

mercredi 24 mai : Ribadesella - Colunga
Il faut être un peu fou... Prendre un train mardi 23 mai à Paris pour se rendre à Irún (Espagne) (6 heures de trajet), puis un bus dans lequel je me suis installé à minuit et qui m'a laissé à Ribadesella, ce matin du 24 mai à 5 heures et 5 minutes. Il fait encore nuit, un petit crachin tombe sur la station endormie. L'an dernier à peu près à la même époque je quittais le Chemin ici-même, à Ribadesella, au bord de la mer Cantabrique. Sans attendre je me mets en route ; ou plus exactement : je me mets en marche !

Playa de Espasa (Caravia)
Le bord de la mer Cantabrique à la playa de Espasa (Caravia)
Rapidement je quitte la petite station balnéaire et arrive dans la campagne ; il fait encore nuit noire, mais déjà j'entends le chant du coq, le réveil des oiseaux... Je ne rêve pas : je suis à nouveau sur le Chemin guidé par les flèches jaunes et l'irrésistible désir d'atteindre Santiago.
En fin de matinée, le soleil a fini par percer au-dessus de la mer ; j'ai quitté le coupe-vent, ôté le sur-sac protecteur contre la pluie. Après environ quatre heures et demie de marche, me voici en tee-shirt, chapeau sur la tête, enfin attablé à la terrasse d'un bar à la plage d'Espasa (commune de Caravia), me régalant d'une tortilla et d'un cafe con leche.

Vers midi, après une vingtaine de kilomètres depuis Ribadesella, j'arrive à Colunga, petite ville d'un peu plus de mille habitants. Fatigué par le voyage de la veille, je décide d'y passer la nuit.

Colunga
A Colunga, vue sur la campagne environnante

Toutes les photos de l'étape : Ribadesella-Colunga

étape Colunga - Villaviciosa

jeudi 25 mai : Colunga - Villaviciosa
Après avoir dormi à poings fermés, une vraie nuit de bébé, me voici parti pour une petite étape. Il fait une chaleur assommante qui n'incite pas à ajouter les kilomètres aux kilomètres 😉 Très peu de pèlerins sur ce Chemin (sont-ils restés au frais au fond du bar ?).

Je marche pendant un bout de chemin avec un brésilien de Sao Paolo, un peu plus âgé que moi, qui fait porter son sac à dos d'étape en étape. Il m'explique que dans les Asturies (où nous sommes) et en Galice (où se trouve Santiago de Compostela) les Correos (la Poste espagnole) proposent et organisent ce service aux pèlerins. Au cours de nos échanges, il m'explique qu'il n'aime pas les dénivelés et que, par conséquent, il restera marcher sur le Camino del Norte et n'empruntera pas le Camino Primitivo, trop difficile.

Sous le chaud soleil, l'étape est belle : le chemin traverse de doux paysages verdoyants et fleuris, et de petits hameaux dans lesquels je découvre parfois de beaux monuments.

Eglise San Salvador de Priesca
Eglise San Salvador de Priesca, consacrée en 921

Vers midi, j'arrive à Villaviciosa, une petite ville de quinze mille habitants. L'histoire raconte que Charles-Quint (dénommé Carlos I par les espagnols) a débarqué à Villaviciosa le 19 septembre 1517, en raison d'une violente tempête qui l'empêcha d'accoster comme prévu à Santander.
Bon déjeuner...et dîner à la Cafetería Rice, calle Cervantes.
Villaviciosa
Dans la campagne, à l'approche de Villaviciosa

Toutes les photos de l'étape : Colunga-Villaviciosa

étape Villaviciosa - Pola de Siero

vendredi 26 mai : Villaviciosa - Pola de Siero

Tandis que j'attends que mon linge sèche dans une la laverie de Pola de Siero, ville-étape de ce jour, quelques nouvelles du front : comme le disent les météorologues, il a été pluvio-orageux le front ; ça a grondé, ça a menacé, mais finalement rien qu'une petite rincée à un kilomètre de l'arrivée. Pas de douche à prendre en arrivant...

A Casquita, bifurcation
Camino del Norte ou Camino Primitivo ?
A Casquita
A la chapelle de Casquita


La longue étape du jour (28 kilomètres) était celle du choix de la route à suivre (dans ma tête j'avais choisi depuis plusieurs semaines) : peu après Villaviciosa il s'agissait soit de poursuivre sur le Camino del Norte par la côte via Gijón et Ribadeo, soit d'emprunter le Camino Primitivo, le Chemin Primitif qui passe par Oviedo et Lugo, qui s'éloigne donc de la mer et traverse une région plus montagneuse. A Casquita, lieu de la bifurcation, je m'engage sur la seconde « ruta ».

Je suis étonné du peu de pèlerins rencontrés : un espagnol (qui se dirige vers Gijón) à la chapelle de Casquita ; puis dans un bar, à Pedrosa, deux jeunes une allemande et un américain. Sans oublier le boulanger venu livré le pain au monastère de Valdediós... Quatre personnes en presque quatre heures de marche. Le monastère de Valdediós, niché au fond d'un écrin de verdure, est un très bel endroit, isolé du monde : on descend beaucoup pour y arriver, et la montée pour quitter la vallée est mémorable. Qu'on se le dise !

Eglise San Salvador de Valdediós
Eglise San Salvador de Valdediós, familièrement appelée « El Conventín », consacrée en 893

Peu de temps avant d'arriver à Pola de Siero, au lieu-dit La Plazuela (coordonnées : N = 43.395545, W = -5.629249), je rencontre un vieux monsieur qui me propose de l'eau fraîche. Je comprends à sentir son haleine que l'eau n'est pas sa boisson favorite. Il se met à discuter et m'explique qu'il s'est rendu à Paris dans les années soixante pour son travail (dans l'administration de l'agriculture). Puis il me montre et m'enjoint de consulter toute une documentation sur le Chemin Primitif qui, me dit-il, est « le plus beau des chemins. »

Toutes les photos de l'étape : Villaviciosa - Pola de Siero

étape Pola de Siero - Oviedo

samedi 27 mai : Pola de Siero - Oviedo

Hier après-midi, j'ai déjeuné à l'heure espagnole (15h30), déjeuné — et en même temps dîné, tant était copieux le repas servi dans le bar-restaurant — La Sidrería El Culetin en face de l'auberge municipale de pèlerins : soupe aux gros vermicelles, salade verte et tomates avec chèvre chaud, trois côtelettes de porc avec frites et « arroz con leche » (riz au lait) pour clore le menu, le tout servi avec un grand verre de bière pour 11 euros. Ça vous remet un pèlerin d'aplomb fatigué par les 28 kilomètres de la journée.

A Oviedo, avec les Amis du Chemin de Santiago, région de Siero, Sariego et Noreña

Quant à l'étape d'aujourd'hui, elle a été particulière, car inattendue. L'Asociación de Amigos del Camino de Santiago de Siero, Noreña y Sariego organisait ce samedi une marche de Pola à Oviedo au départ de l'auberge municipale, la Casona de San Miguel. Son responsable, Manuel, était passé à l'auberge hier soir pour proposer à la douzaine de pèlerins présents de se joindre aux marcheurs de l'Association. L'itinéraire pour se rendre à Oviedo, expliqua-t-il, serait une variante par rapport à la voie traditionnelle figurant dans les guides ; cette voie passait par Noreña où la maire nous accueillerait et nous offrirait une collation.

Cathédrale San Salvador, Oviedo
Plaque commémorative du premier pèlerinage
sur le Camino Primitivo


Parmi les pèlerins qui étaient à l'auberge, seuls un danois, trois brésiliennes et moi-même avons répondu à l'invitation de l'Association des Amis du Chemin de la région de Pola de Siero. C'est ainsi que j'ai cheminé pendant une vingtaine de kilomètres, jusqu'à la magnifique cathédrale d'Oviedo (capitale de la région autonome des Asturies), avec les (très nombreux) marcheurs de l'Association. L'occasion de rencontrer des personnes formidables engagées pour que vive l'esprit du Chemin et désireuses de le faire partager.
Voir un article à ce sujet dans le journal local El Fielato.

Après avoir trouvé l'auberge pour la nuit, dans le centre d'Oviedo, déjeuner spécial fête dans un bar tout à côté : aujourd'hui et demain dimanche Oviedo organise une grande fête folklorique avec groupes de danseurs, musiciens, acrobates et stands des différents « pays » des Asturies. Beaucoup de monde dans le quartier tout autour de la cathédrale San Salvador que je visite pendant les deux heures (de 16h00 à 18h00) où elle est ouverte au public ce dimanche.

A mon retour à l'auberge, je fais la connaissance de Peter qui vient d'arriver et s'installe dans la même chambre. Peter, un allemand qui vit à la campagne dans une petite ville à l'Est de Francfort. Echanges d'emblée chaleureux. Nous sortons boire...une bière.

Avec mon ami Peter, sur place à Oviedo

Toutes les photos de l'étape : Pola de Siero - Oviedo (via Noreña)

étape Oviedo - San Juan de Villapañada

dimanche 28 mai : Oviedo - San Juan de Villapañada
Départ matinal de l'auberge d'Oviedo en compagnie de Peter. Dans les rues, quelques jeunes gens éméchés, rescapés de la fête dans la ville qui dure tout le week-end. Petit déjeuner dans un des rares bars ouverts, mais hélas pas dans le bar à tapas Manolin Campa, Calle Jesús, 20, que nous avons tant apprécié hier soir...
A la sortie d'Oviedo, nous rattrapons le pèlerin suisse dont j'avais fait la connaissance à l'auberge Casona de San Miguel à Pola de Siero. Un garçon zen qui m'a beaucoup impressionné : il marche lentement avec un petit sac (en apparence, la moitié du volume du mien), chaussé de sandales (de type Keen) et en main un grand bâton de bois. Un garçon végétarien qui m'expliquait avoir parfois du mal à trouver à la nourriture telle qu'il la souhaite.

Vers Premoño
Sur le bord du chemin, quelques kilomètres avant Premoño

Chacun à son rythme, nous avons cheminé Peter et moi, nous perdant de vue pendant quelques kilomètres, nous retrouvant plus loin. Je comptais initialement faire étape à Grado ; bien qu'on approchera la trentaine de kilomètres, je me range à son idée de rejoindre l'auberge au petit hameau de San Juan de Villapañada où l'hospitalero, gardien de l'auberge, nous préparera le repas dès lors qu'on lui apporte les aliments.

San Juan de Villapañada
Le repas des pèlerins avec Domingo l'hospitalero (en rouge) à San Juan de Villapañada

Nous faisons donc des courses à Grado, buvons une bière et montons sous le soleil jusqu'à San Juan de Villapañada à trois kilomètres et demi et que nous atteignons vers 16h30. Un peu plus tard, arrive Domingo, l'hospitalero, un gars  accueillant, chaleureux et bienveillant ; il raconte l'histoire de l'auberge aux huit pèlerins qui logeront ici ce soir. C'était l'ancienne école de San Juan, construite en 1940 ; elle avait deux pièces séparées, une classe pour les niños, une autre pour les niñas. Dans les années 80, faute d'enfants, l'école a été transformée en auberge.

San Juan de Villapañada
Étendage du linge, le soir à San Juan

Nous aidons Domingo à préparer le repas à base de pâtes, saucisses, avec sauce tomate, oignons, poivrons et fromage râpé, salade verte et tomates, repas que nous prenons en commun. Outre Domingo, autour de la table il y avait un pèlerin allemand, trois pèlerines françaises, une anglaise, un couple d'espagnol, Peter l'allemand et moi. Avant de nous coucher, vu l'humidité à l'extérieur, nous tendons de grandes ficelles en travers de la salle pour étendre notre linge. Bien nous en a pris car dans la nuit, il est tombé une pluie à réveiller les morts.

Toutes les photos de l'étape : Oviedo - San Juan de Villapañada

étape San Juan de Villapañada - Bodenaya

lundi 29 mai : San Juan de Villapañada - Bodenaya
Après une nuit agitée en raison du bruit de l'orage et de la pluie, départ à 7h30 de San Juan de Villapañada. Temps humide, brouillardeux, mais tiède. Je marche seul, personne devant, personne derrière, à mon rythme, pendant près de huit kilomètres jusqu'à la petite ville de Cornellana où une averse m'amène à trouver refuge dans un bar où je mange une tortilla accompagnée d'un cafe con leche. Peter arrive dans le bar au moment où je m'apprête à repartir. Il est 10h45. Nous nous donnons rendez-vous à Salas, la ville où je pense faire étape ce soir.
Très beau monastère San Salvador, fondé en 1024, à la sortie de Cornellana.

Cornellana
A Cornellana : le monastère San Salvador

Encore onze kilomètres, seul sur un chemin pas trop difficile (globalement plat...), et me voici à Salas. J'attends Peter à la terrasse d'un bar. En arrivant, il me dit qu'il nous faut impérativement manger à la Casa Pachón, où le repas bon et copieux a une renommée sans pareille parmi les pèlerins du Camino Primitivo. Je me retrouve retrouve attablé dans cet estaminet bruyant avec Peter et un pèlerin valencien ; on nous sert un repas roboratif (soupe aux vermicelles, lentilles, salade, côtelettes, riz au lait) accompagné de cidre des Asturies (grande spécialité locale), beaucoup plus âpre que le
cidre brut de Normandie ou de Bretagne.

Casa Pachón
Avec Peter à la Casa Pachón

L'estomac bien rempli, voire un peu lourd, Peter me convainc de pousser jusqu'à l'auberge de Bodenaya, à six kilomètres et demi et quatre cents mètres plus haut. Ça monte d'abord doucement, puis plus fortement, pour enfin arriver sur un vaste plateau venteux plantés d'éoliennes où se trouve le tout petit hameau de Bodenaya. Tout proche du but, un (petit) troupeau de vaches rentrant à l'étable, conduit par un très vieux paysan, empêche les deux pèlerins fatigués par les trente kilomètres de l'étape d'aller rejoindre au plus vite l'auberge, pourtant si proche !!!

Camino Primitivo
A gauche : ça monte à Bodenaya

Quelle auberge ! A l'entrée flotte une odeur...de marijuana. Le pèlerin valencien rencontré à Salas était prêt à en fournir ! Le Chemin emprunte parfois des voies qu'il vaut mieux ignorer ; d'autres diront qu'il est en phase avec son époque.
Je n'ai pas trop aimé l'ambiance de cette auberge où l'hospitalero David est du type baba cool orientaliste (encens, musique planante, etc.), un peu trop prêchi-prêcha à mon goût : tout le monde est gentil, nous sommes une grande famille, etc., etc. Je retiens cependant de son discours une phrase très juste : le pèlerin demande simplement une douche, un lit et un repas. David a préparé le repas du soir, le petit déjeuner, tous deux pris en commun par la vingtaine de pèlerins. Notre linge a été lavé et séché. Avant de quitter l'auberge le matin, pour le paiement, on met ce qu'on veut dans une boite : c'est ce qu'on appelle le « donativo »

Toutes les photos de l'étape : San Juan de Villapañada - Bodenaya

étape Bodenaya - Campiello

mardi 30 mai : Bodenaya - Campiello
Avec la pluie qui est tombée (par chance, toujours la nuit) ces derniers jours, le chemin par endroits après Bodenaya ressemble à un long étang bordé de boue parfois dangereusement franchissable ; le risque est grand de glisser et d'enfoncer le pied dans plusieurs centimètres de boue, voir d'y tomber comme c'est arrivé à un pèlerin que j'ai rattrapé au moment où il sortait de la mare dans un piteux état. C'est à ces moments-là qu'on se dit que marcher avec une bonne paire de bâtons, ça aide.

Chemin boueux
De la boue sur le chemin entre Bodenaya et Tineo

Entre Bodenaya et Campiello, on monte à 900 mètres et découvre de vastes horizons. On voit toutes sortes d'animaux : papillons, escargots, limaces, oiseaux (beaucoup de bergeronnettes), ânes, chevaux, veaux, vaches, moutons, et même quelques cochons.

A l'approche du point haut de l'étape (900 mètres) : du vent et un ciel tourmenté
A Tineo, petit ville construite à flanc de colline, environ douze kilomètres après Bodenaya, j'ai salué le pèlerin Joël qui marchait d'un bon pas plus vigoureux que le mien. Je ne pensais pas le revoir et pourtant le soir, à Campiello, il était à l'auberge - arrivé presque deux heures avant moi. Ancien militaire, quarante de services, m'a expliqué que, parti de Bretagne, son projet était d'aller jusqu'à Fisterra, via Santiago, puis de poursuivre par le Chemin portugais jusqu'au sanctuaire de Fátima. Je lui ai demandé pourquoi un tel périple ? personne ne t'attend ? Sa réponse, au bord des larmes : mon épouse est morte il y a un an et je suis parti sur le Chemin pour penser à elle, pour prier pour elle. Marcher pour elle.
Au creux d'un vallon, le monastère bénédictin Santa María de la Real de Obona (XIIIe siècle)
Pendant l'étape, Peter a téléphoné pour réserver deux places à l'auberge de Borres située une paire de kilomètres après celle Campiello  ; la clé serait à notre disposition au bar du hameau. Arrivés au bar, la réservation n'avait pas été communiquée au bar et les deux dernières places de l'auberge attribuées à des pèlerins arrivés avant nous. Retour à Campiello où, par chance, il restait encore des places à l'auberge. Pour se faire pardonner, la personne nous a proposé de nous faire prendre en voiture le lendemain matin à Campiello, pour nous mener jusqu'à Borres. Ce qui fut fait !

Dans l'auberge privée de Campiello, la Casa Herminia, il y a deux étages. Au rez-de-chaussée, sont installés dans un dortoir avec lits à étage les « vrais pèlerins » qui portent leur sac à dos vaille que vaille, et à l'étage de l'auberge, dans des chambres de type hôtel logent des « faux pèlerins » qui marchent légers, leurs sacs à dos étant transportés par taxi d'étape en étape. Les premiers et les seconds ne font pas tout à fait le même Chemin.
Jean-Christophe Rufin dans son récit Immortelle randonnée (Folio, 5833) dit quelques mots de la Casa Herminia et de sa patronne au verbe haut, un brin péremptoire, qui voudrait bien que les guides répertorient Campiello comme ville-étape, plutôt que Tineo.

Toutes les photos de l'étape : Bodenaya - Campiello

étape Campiello - Berducedo

mercredi 31 mai : Campiello - Berducedo
Ce septième jour de marche a été exceptionnel. Avec Peter nous avons décidé de prendre la « Ruta de los Hospitales » (le Chemin des hôpitaux), variante sur le Camino Primitivo qui permet de rallier Campiello à Berducedo, sans passer par Pola de Allande, et surtout de découvrir des paysages montagneux grandioses. Ce jour de marche fut exceptionnel car le temps était très beau. Les guides et les gens du coin déconseillent d’emprunter cette variante les jours de mauvais temps car le balisage n’est pas toujours optimal et le risque est grand de s’égarer, notamment en cas de gros brouillard.

Ruta de los Hospitales
Sur la Ruta de los Hospitales, variante du Camino Primitivo
Partis à 8h15 dans une brume que les locaux nous avaient dit qu’elle se lèverait vite, après une rude montée de près de deux heures et demie, nous sommes arrivés au soleil, sur un vaste plateau, avons découvert la mer de nuages au-dessous, dans les vallées et un panorama fabuleux aux horizons lointains. Un parcours d'une beauté à couper le souffle,... et à raffermir les mollets.

Au-dessus des nuages, chemin des Hôpitaux
Le Chemin des hôpitaux évolue entre 900 et 1 100 mètres d’altitude ; ce n’est pas très élevé, mais l’impression d’être en haute montagne est bien là. La végétation est faite d’herbe rase et d’arbustes ; des troupeaux de vaches paissent librement, campent parfois au milieu du sentier. Aucune habitation le long du chemin ; seulement les ruines d’anciens « hôpitaux », antiques abris qui en des temps lointains, depuis le Moyen Âge, servaient de refuges aux pèlerins qui se rendaient à Compostelle par cette voie hostile.

Chemin des Hôpitaux
Le Chemin, entre 900 et 1 100 mètres d'altitude

Ce fut une très belle étape !
A l’arrivée à l’auberge de Berducedo, griffonnant mon petit carnet de voyage, après avoir repensé à cette très belle et longue étape de vingt-huit kilomètres, m’est revenue l’histoire de la famille sud-africaine, entrevue à Bodenaya et présente hier soir à Campiello. C’est là, à la Casa Herminia, après le repas pris en commun que le fils de cette famille et son épouse ont confié à Peter et à moi dans quelles circonstances la famille avait décidé de partir sur le Chemin. Le père, grand marcheur, a contracté un cancer il y a cinq ans ; aujourd’hui en rémission alors qu’à l’époque on le croyait perdu, il a convaincu sa femme – qui, selon le fils, avait du mal à monter « at the top of a hill » – de partir avec lui sur le Chemin primitif d’Oviedo à Santiago. Le Chemin pour saluer une résurrection et découvrir que même sans être une randonneuse chevronnée on peut avec l’énergie nécessaire pour se lancer sur le Chemin.

Toutes les photos de l'étape : Campiello - Berducedo

étape Berducedo - Grandas de Salime

jeudi 1er juin : Berducedo - Grandas de Salime
Encore une belle étape avec un temps clément et des paysages grandioses. Parti à 7h30 de l'auberge (privée) Camino Primitivo à Berducedo, on monte à plus de mille mètres dans le soleil du matin et là-haut on découvre, comme hier, la mer de nuages dans les vallées. Puis après avoir traversé une immense forêt de sapins, par endroit brûlée par des incendies, on redescend longuement à 220 mètres jusqu'au barrage de Grandas et le magnifique lac de retenue. On remonte enfin vers  Grandas de Salime, à 570 mètres où en arrivant on admire la Collégiale San Salvador.

Sur le Chemin entre Berducedo et Grandas de Salime
Sur le Chemin entre Berducedo et Grandas de Salime
A la Casa Sánchez où l'on passera la nuit, on se dit que vingt kilomètres, pour aujourd'hui, ça suffit ! Très bien accueilli par Ricardo, on prend possession des lieux : belle auberge privée avec jardin et  chaises longues où il fait bon se reposer. On y retrouve Manuela et son mari José-Manuel pour qui Grandas de Salime sera la fin de leur parcours sur le Camino Primitivo.

Déjeuner et détente avec Peter au bar Jaime, en face de la pharmacie du village où je dois chercher un produit pour soigner une petite verrue un peu douloureuse. Je demande au serveur du bar : « ¿ A qué hora abre la farmacía ? » « A los cuatro y media. »

Lac du barrage de Grandas
De la terrasse de l'hôtel-bar-restaurant Las Grandas, vue sur la retenue du barrage de Grandas
Grosse ambiance le soir à la Casa Sánchez : une équipe de jeunes déjà rencontrés aux étapes depuis Oviedo, menée par Sebastian, un canadien anglophone, organise un grand dîner en commun auquel Peter, Manuela, José-Manuel et moi-même participons. Pour marquer la fin du parcours dans les Asturies, avant l'entrée, demain, en Galice, le joyeux repas se termine par le « baptême » au cidre des Asturies des pèlerins présents autour de la table. Chacun se choisit un prénom de « baptême » et la cérémonie consiste pour l'officiant à verser le cidre asturien dans la bouche grande ouverte, tête en arrière, du baptisé - ce dernier attendant que le précieux liquide passe dans son gosier ou, si l'officiant est maladroit, inonde son tee-shirt.

Collégiale San Salvador, à Grandas de Salime
Collégiale San Salvador (XIIe siècle, puis XVIIe siècle) cernée par un déambulatoire
Après cette soirée chaleureuse, Peter, Manuela et José-Manuel et moi allons boire un (ou deux, peut-être trois...) verre(s) dans un bar du village pour fêter la fin du Chemin (pour cette année) de Manuela et José-Manuel dont j'apprends que leur fille s'appelle Lucía.

Toutes les photos de l'étape : Berducedo - Grandas de Salime

étape Grandas de Salime - A Fonsagrada

vendredi 2 juin : Grandas de Salime - A Fonsagrada
Couché tard. Levé tôt : Manuela et José-Manuel prennent le bus de retour vers Oviedo à 6h20. Peter et moi nous nous levons en même temps qu'eux pour « un gran abrazo » avant de les quitter. L'arrêt de bus est en face le café Jaime, petit déjeuner. A 6h40 nous voilà en marche, direction A Fonsagrada en terre galicienne : aujourd'hui, finies les Asturies.

Eglise Santa Maria Magdalena à Peñafuente
Eglise Santa Maria Magdalena, à Peñafuente
Le temps gris et humide, mais pas froid, tarde à se lever. Je chemine avec un sympathique groupe de pèlerins espagnols (des valenciens) partis d'Oviedo dont les bagages sont portés d'étapes en étapes. L'occasion de tester mon espagnol encore rudimentaire. Le parcours du Camino Primitivo n'est décidément pas de tout repos : partis de Grandas de Salime à 570 mètres, nous franchissons à 1 030 mètres le col Puerto de Acebo point de passage des Asturies à la Galice. Le bar O Acebo est une halte bienvenue pour se requinquer après trois heures et demie de marche.

Les pèlerins de Valencia, en chemin pour A Fonsagrada
Les pèlerins de Valencia, en chemin pour A Fonsagrada
L'étape se conclut par une terrible montée pour arriver à A Fonsagrada, curieuse petite ville bâtie sur une crête que l'on voyait depuis des kilomètres à l'horizon. A l'auberge pour pèlerins, Peter et moi retrouvons à l'auberge de pèlerins Os Chaos l'équipée de jeunes pèlerins « baptisés » comme nous le soir précédent à la Casa Sánchez de Grandas de Salime. Tous ensemble, nous allons dîner d'un excellent « pulpo gallego » (poulpe à la galicienne) au Restaurante Caldeira, la pulpería la plus renommée de la ville.

Toutes les photos de l'étape : Grandas de Salime - A Fonsagrada

étape A Fonsagrada - Cádavo Baleira

samedi 3 juin : A Fonsagrada - Cádavo Baleira

Pendant quasiment toute la durée de cette onzième étape depuis le départ de Ribadesella, étaient au rendez-vous un désagréable crachin, de paire avec un temps très frais (à peine 10 degrés) et un brouillard rendant à certains endroits la visibilité parfois réduite à moins de 30 mètres. Cette partie de la Galice doit être très belle, mais je n'en ai pas vu grand chose ! La pluie du matin n'arrête pas le pèlerin, comme dit le dicton. Ce qui se confirme, puisque après 28 kilomètres et quelques côtes mémorables depuis A Fonsagrada, j'arrive bien fatigué à Cádavo-Baleira.

Temps brouillardeux
Heureux, et au frais dans le crachin galicien
Le Chemin est un lieu de rencontres avec des personnes venues du monde entier. Ce soir à l'auberge municipale de Cádavo Baleira, outre quelques espagnols, sont arrivés un couple sud-africain, un japonais, deux slovènes, trois tchèques, un allemand, une anglaise, et deux français. Peter l'ami allemand et moi avons sympathisé avec Peio (Pedro, Pierre, Peter,...), un bayonnais au prénom basque, un peu plus jeune que nous, sympathique et manifestement très sportif. Parti d'Oviedo, il arrêtera demain à Lugo, avant de poursuivre le Chemin jusqu'à Santiago à l'automne, ou au printemps prochain.

Cádavo Baleira
Arrivée proche à Cádavo Baleira
Chaude ambiance dans le bar de Cádavo où après avoir pris quelques verres et dîné avec Peio, nous avons regardé le match de la finale de la Ligue des Clubs champions qui opposait la Juventus de Turin au Real Madrid. Etonnant de voir dans ce bar de village particulièrement bruyant ce soir des parents venus regarder le match avec leurs jeunes enfants, voire leurs très jeunes bébés...
Après le troisième but du Real, et un dernier verre, nous avons décidé de rentrer nous coucher à l'auberge. Une encore longue étape était inscrite au programme du lendemain.

Toutes les photos de l'étape :  A Fonsagrada - Cádavo Baleira

étape Cádavo Baleira - Lugo

dimanche 4 juin : Cádavo Baleira - Lugo 
Lorsqu'on traverse l'Espagne, on ne peut s'empêcher de penser à son histoire : ce pays christianisé dès le deuxième siècle a été conquis par les musulmans au début du cinquième siècle ; puis la Reconquista catholique, achevée en 1492, a chassé les musulmans et les juifs du royaume.
On ne peut s'empêcher de penser également que si les religions musulmane et catholique, ont laissé ici des chefs d'œuvre architecturaux, elles ont été à l'origine de cruautés terribles pour installer leur hégémonie sur les peuples et les consciences. La religion comme source de paix ? L'Histoire aurait tendance à démontrer le contraire.

Calvaire sur le bord du Chemin
En Galice, sur le Chemin de Compostelle, direction : Lugo
Quitte à s'égarer, sans jamais cependant rater une flèche jaune, le pèlerin qui marche a le temps de laisser filer ses pensées, de réfléchir à l'état du monde, et de s'interroger sur la main invisible qui régit le grand tout.

Couché tard (23h30), levé tôt (6h00), comme souvent... Départ peu après 7h00, sans grand chose dans le ventre. Pas de bars ouverts pendant des kilomètres....c'est dimanche. Alors, il faut fouiller dans le sac et puiser dans les réserves : amandes, fruits secs, sardines, etc. Le soleil absent depuis deux jours a fini par réapparaître, permettant de profiter des paysages de la belle campagne galicienne pendant cette longue étape de 31 kilomètres qui s'est achevée au pied de la haute et large muraille romaine de Lugo. Cette campagne galicienne me fait penser à la Bretagne intérieure : de petits champs cultivés entourés de clôtures en pierres dressées de hauteurs et de largeurs inégales, des hameaux dans lesquels se serrent de solides maisons de granit aux petites ouvertures, des exploitations agricoles qui semblent de dimensions modestes - une région de l'Espagne profonde où ça ne respire pas la richesse...

En chemin, sur le coup des onze heures, je me suis arrêté à la roulotte-buvette de Jorge, un gars du coin, sympathique, qui connaît un peu la France. Il m'a parlé de Paris, du Massif Central et surtout de la chaîne des Puys dont il m'a dit que la beauté l'impressionnait.

à Lugo
La muraille romaine qui entoure la vieille ville de Lugo
Sans trop de difficultés, j'ai convaincu Peter, malade (toux, rhume, etc.), de faire étape une journée entière à Lugo. En partant de Cádavo ce matin, avec Peio et Peter, rendez-vous avait été pris à 18h00 devant la cathédrale de Lugo, non pas pour aller à la messe du soi (Dieu, s'il existe nous le pardonnera), mais pour aller boire un verre avant que Peio ne prenne son bus pour se rendre à Irún pour son retour à Bayonne. Après avoir accompagné notre ami basque au bus (compagnie Alsa, bien sûr, Peter et moi sommes allés au Café del Centro prendre le « menú del día » (soupe aux épinards, merlu avec patates et salade verte, gâteau au fromage - verdict : ¡ Estaba buenísimo !).

Toutes les photos de l'étape : Cádavo Baleira - Lugo

journée à Lugo

lundi 5 juin : journée à Lugo
Lundi de Pentecôte à Lugo (Galice) : les enfants vont à l'école, les parents au boulot, la ville endormie hier après-midi s'est soudain réveillée. Le pèlerin aussi, mais plus tard que d'habitude. J'ai décidé de passer une journée ici pour visiter et me délasser après les douze premiers jours de marche. D'abord, chercher une laverie automatique pour une grande lessive à mi-parcours, puis aller prendre un petit déjeuner roboratif à base de « chocolate con churros ».
Lugo, à la laverie automatique
A la laverie automatique
A Lugo, café con churros
Café con churros
Lugo, ville de presque 100 000 habitants est connue pour son quartier historique central ceint entièrement (deux kilomètres) par une haute et large muraille datant du deuxième siècle, construite par les Romains. Dans la vieille ville domine la cathédrale Santa María, dont l'édification a commencé au XIIe siècle (église romane à l'origine) suivie par des remaniements aux époques gothique et baroque. La cathédrale est inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis le 5 juillet 2015. Avec Peter nous l'avons visitée en détail et eu le privilège d'entrer dans la sacristie, presque aussi vaste que la nef.
Lugo
La cathédrale Santa María de Lugo
Lugo
La cathédrale Santa María de Lugo
 On trouve également dans le quartier historique d'autres monuments dignes d'intérêt, par exemple : le couvent San Francisco fondé en 1214 par un disciple de Saint François ; la Mairie (ayuntamiento) dont le bâtiment fut édifié en 1736 ; l'église San Froilán (XVIIe-XVIIIe siècles), San Froilán né à Lugo (833-904) est le saint patron de la ville. Et puis bien sûr, cette muraille impressionnante en haut de laquelle, sur le chemin de ronde, Peter et moi avons longuement flâné.

Muraille de Lugo
Le chemin de ronde de la muraille romaine de Lugo
Jour de repos veut dire, ne pas trop marcher, rester assis, de préférence dans des bars. Mon ami Peter a souvent soif d'une (ou deux, ou trois, ou...) bières, souvent grand format. Ayant été marié pendant quelques années à une espagnole, il connaît bien la langue. Fort de sa double culture il a appris à « Papy Dominique » (c'est ainsi qu'il me surnommait) les mots espagnols de la bièrela cerveza ») : « una caña », c'est une demi-pression ; « una jarra », c'est une double caña (50 cl) ; « una clara », c'est un panaché qu'on demande « con gaseosa » (avec limonade) ou « con limón » (au citron).

La petite leçon a eu lieu en fin de matinée au bar Breoghan, Bolaño Rivadeneira, 24 bajo - où nous avons sympathisé avec une charmante serveuse brésilienne. Celle-ci nous a appris que l'après-midi le service était assurée par une serveuse française. Information qui nous a encouragés à revenir plus tard pour faire la connaissance de cette jeune femme. Elle m'a expliqué que sa mère espagnole a quitté son père français et décidé de revenir en Espagne et de s'installer à Lugo, alors qu'elle-même avait quatorze ans (elle en a à peine plus de vingt aujourd'hui). Même si elle retourne une fois par an à Paris, où elle a vécu, dans le neuvième arrondissement, quitter Paris pour Lugo avait été très dur.

Ainsi passent les jours de repos, des rencontres, siempre...

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étape Lugo - Ponte Ferreira

mardi 6 juin : Lugo - Ponte Ferreira
Après avoir fait hier la tournée des églises, des murailles et des bars à Lugo, retour aux choses sérieuses : la marche sur le Chemin. Avec Peter je quitte la ville en traversant le très beau pont romain sur le río Miño.

Pont romain sur le río Miño
Pont romain sur le río Miño, à la sortie de Lugo
Aujourd'hui, belle étape dans la campagne galicienne, pays celte où domine le granit gris, comme en Bretagne, les landes à fougères et les forêts. Quelques petites plaines avec prés à vaches, et petits champs cultivés (maïs, et surtout pommes de terre). Pendant les 28 kilomètres de l'étape, on traverse des hameaux (habitat dispersés) plutôt que des villages. Et quasiment à chaque kilomètre, une petite chapelle ou une église qui rappelle au marcheur que le Camino est une voie de pèlerinage.

Eglise San Miguel de Bacurín
Eglise San Miguel de Bacurín (XIIe siècle)
Et partout, encore plus nombreux que les chapelles, des hórreos - abris qui servent (servaient) à entreposer les récoltes (maïs, patates, blé,...) ; ceux de Galice, contrairement à ceux des Asturies qui ont un plan carré, sont rectangulaires. Dans les deux régions, les hórreos reposent sur des piliers de pierre surmontés de pierres plates qui empêchent les rongeurs de monter et s'introduire dans ces greniers à nourriture.

Hórreo galicien (grenier à récoltes)
Hórreo galicien (grenier à récoltes), en assez mauvais état
Ce soir à l'albergue Ponte Ferreira, bonne ambiance, beaucoup d'espagnols, une suissesse de Lausanne, un allemand (Peter), quelques polonais, et un français (l'auteur de ces lignes). L'aubergiste - une femme accueillante et sympathique - avait préparé pour les pèlerins un menu pris en commun : salade mixte, paella et dessert (mousse crémeuse au citron maison) le tout accompagné d'un vin blanc de la région - pour dix euros. Bon repas et belle ambiance. Le Chemin ce sont aussi des rencontres autour d'une bonne table !

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étape Ponte Ferreira - Boente

mercredi 7 juin : Ponte Ferreira - Boente
Aujourd'hui, c'est une étape de transition car à Melide au vingtième kilomètre le Camino Primitivo sur lequel je marchais se fond dans le Camino Francés la route de Compostelle la plus fréquentée, qui va de Saint-Jean Pied-de-Port et passe, entre autres, par Pamplona, León et Burgos. Autant sur le Camino Primitivo il m'arrivait de marcher seul pendant des heures ; après la jonction des deux chemins à Melide, le nombre de pèlerins est tel que je crois qu'il ne faut plus songer marcher en solitaire. Ceci dit l'étape a encore été très campagnarde, avec son lot de grands espaces dont on ne se lasse pas, d'hórreos (ces abris à récoltes sur pilotis typiques de la Galice et des Asturies), de petites églises.

En marche le matin !
7h23 : départ de l'albergue de Ponte Ferreira

Paysage avec vue sur Melide à l'horizon
Paysage avec vue sur Melide à l'horizon...à deux heures trente de marche
Je n'ai pas résisté à l'envie d'aller manger dans la renommée Pulpería Ezequiel à Melide, manger un excellent poulpe à la galicienne, naturellement. J'étais installé à la table d'une demi-douzaine de pèlerins cyclistes, petite équipe qui pédalait dans la bonne humeur depuis Nantes : chapeau les gars !

L'accueil à l'albergue (privado) Boente a été indifférent et sans chaleur, sans rapport avec celui d'hier à l'albergue (également privée) de Ponte Ferreira. Hypothèse : sur cette partie du Chemin les pèlerins sont tellement nombreux qu'il n'est pas utile de faire d'effort particulier pour être agréable ; et si par hasard était diffusé un avis mitigé, le remplissage de l'auberge serait néanmoins assuré vu le nombre de pèlerins passant nécessairement par ici.

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étape Boente - Pedrouzo Arca

jeudi 8 juin : Boente - Pedrouzo Arca
À l'approche de Santiago le Chemin change. Déjà hier, depuis Melide, j'avais noté la différence.  Avec mon ami allemand Peter, rencontré à Oviedo, il y a presque deux semaines, nous nous sommes dit que le Chemin prenait l'allure des avenues des grandes villes, tant les pèlerins étaient nombreux et tant le business : un bar tous les demi-kilomètres dans la deuxième moitié de l'étape. Un cafetier nous a dit que, comparé à la même période l'an dernier, il y avait une fréquentation augmentée significativement sur le Chemin. Le chiffre d'affaires augmente :) 
Sur le Camino Primitivo, entre Oviedo et Melide, il était parfois difficile de trouver un bar...

Albergue público municipal de Ribadaiso da Baixa,
Albergue público municipal de Ribadaiso da Baixa, au bord du río Iso
Beaucoup de monde depuis Melide
A la queue leu leu...
Dans les eucalyptus
Moins de monde dans les eucalyptus

Et puis, de plus en plus de groupes ont fait leur apparition : des groupes d'espagnols - nombreux ; mais aussi  un groupe de jeunes états-uniens, un groupe de Portoricains (muy simpáticos), tous avec de minuscules sacs à dos. Renseignements pris, partis de Sarria - à une centaine de kilomètres de Santiago - leurs bagages sont transportés par taxi d'étape en étape ; parfois même une voiture suiveuse avec ravitaillement fait son apparition au bord du Chemin leur apportant eau et nourriture. Au doigt mouillé, j'ai estimé aujourd'hui à environ un tiers environ le nombre de ces « pèlerins spéciaux » marchant en groupe avec l'appui d'un portage des bagages.

Je me sens un plus à l'aise avec la langue espagnole. En Chemin, j'ai réservé deux places (Peter et moi) à l'auberge Cruceiro de Pedrouzo, alors que souvent si Peter qui téléphonait pour s'assurer que nous aurions un gite à l'étape. A l'auberge Cruceiro, nous avons fait la connaissance d'une sympathique jeune femme franco-malaisienne dont le prénom est Yvonne, et Yvette celui de sa mère, mais qui ne parlait qu'en anglais. Venir de Malaisie pour marcher sur le Chemin de Saint-Jacques...

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étape Pedrouzo Arca - Saint Jacques de Compostelle

vendredi 9 juin : Pedrouzo Arca - Saint Jacques de Compostelle (Santiago)

Flecha amarilla
Dites-le avec des fleurs : pèlerin suivre les flèches jaunes !
A l'approche de Saint-Jacques, le nombre de pèlerins semble croître continûment. Quelques kilomètres avant le Monte do Gozo (Mont de la Joie), j'aperçois sur le sac à dos d'un pèlerin qui me précède un écusson de l'association Compostelle 2000, le même que celui de mon propre sac : c'est ainsi que je fais la connaissance de Alain Loyan parti du Puy-en-Velay à la mi-avril...

DEux pèlerins au Monte do Gozo
La cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, à l'horizon
Au Monte do Gozo, en voyant à l'horizon les flèches de la cathédrale de Santiago, distante d'environ cinq kilomètres, la joie de me rapprocher du but m'envahit et, en même temps, je me demande ce que suis venu chercher. Les cinq derniers kilomètres ont été particulièrement longs. Plus je marchais, plus le point d'arrivée semblait se dérober ; la traversée des faubourgs puis de la ville de Santiago n'en finissait pas ; elle en finissait d'autant moins qu'une fois redescendu du Monte de Gozo, la cathédrale disparaît de la vue du pèlerin.

Avec Peter
La joie, malgré tout - avec Peter
Enfin arrivés vers midi dans le centre historique de Santiago, j'ai été pris par un gros stress, angoissé par l'idée de ne pas trouver à nous loger. Peter, garçon optimiste, a tout fait pour me rassurer, en vain. Toutes les logements que j'avais repérés étaient complets ; des auberges pour pèlerins proches de la cathédrale où nous nous rendions n'avaient pas de places disponibles alors que dans l'entrée de ces établissements il y avait des valises (et pas des sacs à dos) de pèlerins, peut-être arrivés en bus. Je commençais à me sentir mal à Santiago, et à me dire qu'il serait mieux pour moi d'en partir dès demain.
Peter a réussi à retrouver une auberge, Roots & Boots, également complète, mais dont le gérant nous a autorisés à nous doucher et à laver et sécher notre linge. Entre temps nous avions fini par trouver l'endroit où passer la nuit : à l'albergue Seminario Menor, un peu à l'écart du centre historique - mais, après tout, l'essentiel était d'avoir un lit pour la nuit.

La cathédrale de Santiago
La cathédrale de Santiago, vue du Parque da Alameda
Après la messe des pèlerins de 19h00 à la cathédrale, je suis allé dîner d'un arroz con camarones, almejas y amejillas (riz aux crevettes, palourdes et moules) dans un restaurant plutôt classe - le Carretas - avec Peter et la « bande à Oscar » (avec Sana l'irlandaise, Pascualina l'italienne,...) groupe de pèlerin(e)s que nous avons côtoyé depuis Lugo. Oscar, un garçon espagnol, est chauffeur routier ; il parcourt l'Europe d'Ouest en Est et du Sud au Nord avec son camion. Dans les villes et villages en France, m'explique-t-il, à partir de 19h00, il est difficile de trouver à manger, quelle que soit la période de l'année ; tous les commerces ferment. Alors qu'en Espagne, à 19h00, la vie commence !

Toutes les photos de l'étape :  Pedrouzo Arca - Saint Jacques de Compostelle (Santiago)